Le 12 juin, Cécile, Nathalie et Hélène, du groupe catalogue, se sont rendues à la Ferme de la Coccinelle à Witternheim à l’occasion de la journée Porte Ouverte organisée dans le cadre de la fête du lait bio. Cela fait deux ans maintenant que Coopalim se procure à la ferme poulets, saucisses, plats cuisinés et quelques laitages. L’occasion d’en savoir plus sur leur manière de travailler et de partir à la rencontre de leurs vaches…

Kévin Goetz est associé à Régine, sa femme, et Cédric, un ami de longue date. Tous trois sont issus du monde de l’hôtellerie et de la restauration. La ferme appartenait aux parents de Régine. Quand Kévin l’a rencontrée, il est tombé amoureux du métier de paysan et a souhaité reprendre la ferme familiale mais à l’unique condition de pouvoir convertir la ferme en agriculture biologique. Son expérience de cuisinier dans de grands restaurants l’avait en effet convaincu de la qualité des produits issus d’une agriculture bio et de proximité. Il était hors de question pour lui de cultiver sans respecter la terre et son environnement. La conversion est en cours depuis 2015, et la totalité de la ferme est certifiée depuis 2022.

 

La ferme comporte environ 150 hectares. Ils cultivent 80% de l’alimentation nécessaire à leurs bêtes (céréales, soja, foins et fourrages), le tout avec des méthodes agro-écologiques (non-labour, semis direct, plantation de haies et d’arbres en bordure de champs). Ils ont 3 ateliers principaux d’élevage : vaches laitières et à viande, volailles (principalement poulets à viande) et quelques cochons. Ils transforment une bonne partie de la viande directement dans leur atelier à destination de la vente directe. Le reste part en filière longue (Biolait, etc).

Nous avons visité les deux étables où se trouvent les veaux et les vaches. Lorsque l’on y entre, on est tout de suite surpris par la bonne odeur qui s’en dégage et l’ambiance apaisante des vaches qui ruminent calmement malgré la foule qui les observe. Les vaches sont sur une épaisse litière de paille, elles ont du beau foin à foison et de l’eau fraiche illimitée. Ce jour-là, la chaleur caniculaire les a contraintes à rester pour la plupart dans l’étable, ce qui nous permet de bien les observer.

A la ferme, nous trouvons plusieurs races de vaches : montbéliardes, simmental et brunes des Alpes, chacune des races ayant des qualités spécifiques soit pour la production de lait, soit pour leur viande. Elles sont croisées entre elles pour avoir un troupeau diversifié et équilibré pour ces deux filières. Dans leurs premières années, les vaches produisent le lait de la ferme, puis elles sont engraissées pour être destinées à la production de viande. La moyenne d’âge du troupeau est de 6 ans, Kévin espère pouvoir élever ses vaches jusqu’à leurs 10 ans.

Les veaux sont dans une nurserie. Ils boivent jusqu’à 12 litres de lait de la ferme par jour jusqu’à leurs 4 mois, puis ils sont nourris au foin. Leur santé est très fragile pendant les premiers mois et beaucoup de soin leur est apporté (médecine préventive, phytothérapie, bonne alimentation).

Les vaches de la ferme produisent entre 28 et 50 litres de lait par jour. Le système de traite est moderne et informatisé pour s’ajuster au mieux à chacune des vaches. Après la traite, les vaches ont un accès libre à la pâture où elles peuvent se nourrir d’herbes fraiches diversifiées. Lorsqu’elles sont à l’étable, elles sont nourries presque exclusivement de foin séché de qualité, elles reçoivent également des compléments (céréales, soja) durant la traite. Leur régime s’adapte en fonction de la future mise bas.

La reproduction des génisses se fait naturellement la première année, en présence d’un taureau. Après le premier vêlage, les reproductions se font grâce à une insémination artificielle afin de pouvoir contrôler la sélection et le croisement du troupeau.

 

Une attention particulière est donnée au bien-être animal à la ferme. Dans son récit, on sent la sensibilité de Kévin qui est à l’écoute de ses bêtes et qui met tout en œuvre pour éviter au maximum la venue du vétérinaire. Il est même allé jusqu’à faire appel à un géobiologue lorsqu’il a observé des problèmes récurrents dans le troupeau. Sans savoir ce qu’il s’est passé, tout le personnel de la ferme a été bluffé du résultat bénéfique procuré sur les vaches.

Il y a beaucoup de hiérarchie dans un troupeau, les meneuses, les suiveuses, les soumises. Elles ont un langage au niveau de leur regard et se font face pour garder l’ordre. Il est très important dans un troupeau de respecter cette hiérarchie et de mélanger les anciennes aux nouvelles pour l’apprentissage. Une vache est capable d’assimiler socialement environ 150 individus. C’est pour cela que le troupeau à la ferme dépasse rarement ce nombre, afin que toutes puissent se connaître et que la cohabitation se fasse au mieux.

Les vaches de la ferme de la Coccinelle ne sont pas écornées. [L’écornage consiste à couper les cornes des vaches. C’est une pratique très répandue dans le monde de l’élevage pour éviter que les vaches se battent et se blessent.] Ici, il a plutôt été fait le choix d’agrandir l’étable pour qu’elles aient plus de place, de leur donner toute la nourriture nécessaire et de mettre en œuvre toutes les conditions optimales pour éviter cette pratique mutilante.

Le réchauffement climatique a beaucoup de conséquences sur le troupeau et les éleveurs. Les vaches ne supportent pas lorsqu’il fait plus de 24°C. Kévin évoque également la difficulté à produire la quantité de fourrage nécessaire pour l’année à cause d’une pluviométrie très souvent trop faible. 

Afin de garder un foin de qualité toute l’année, la ferme a imaginé et installé un système de séchage très performant. Le foin, à peine coupé et récolté des prairies, entre dans le séchoir avec encore 50% d’humidité. Il est immédiatement séché grâce à un système d’air chaud qui circule depuis les toits de l’étable jusqu’au séchoir grâce à des gros ventilateurs. Il est ensuite entassé et stocké à l’abri de la lumière et directement accessible à l’étable pour la distribution chaque jour. Cette technique innovante permet une qualité de fourrage exceptionnelle qui contient bien plus de vitamines et d’oligo-éléments que si le foin avait été séché au soleil sur les prés. Les vaches ont alors une nourriture de qualité et les éleveurs évitent de recourir à l’ensilage (technique de fermentation du foin, très répandue dans l’agriculture conventionnelle et qui a tendance à acidifier et à détériorer les estomacs des bovins).

 

Kévin et ses associés poussent jusqu’au bout leur réflexion écologique dans leur manière de travailler. Une partie du toit de l’étable est recouvert de panneaux solaires qui alimentent 80% de la consommation électrique totale de la ferme. Ils souhaitent également se libérer du système de vente en filière longue. C’est pour cela qu’ils ont comme projet de tout transformer, à terme, à la ferme, quitte à réduire le troupeau car il vaut mieux faire de la qualité que de la quantité. Ils commencent à créer des fromages pour transformer le lait et sont en train de construire une grande cuisine afin de fournir des espaces de restauration en cours de création à Strasbourg.

Pour des raisons sanitaires de protection contre la grippe aviaire, nous n’avons pas pu visiter l’élevage de poulets qui se trouve dans un autre bâtiment. L’élevage est conséquent puisqu’ils produisent près de 28 000 poulets par an pour répondre à la forte demande locale et nationale. Toutes les bêtes sont emmenées dans un abattoir de Cernay choisi pour les conditions décentes apportées à la mort de l’animal.

Merci à Kévin pour la visite très bien expliquée de la ferme et sa volonté dans son discours de faire prendre conscience aux consommateurs des enjeux majeurs et actuels que vivent les agriculteurs et les éleveurs. On comprend qu’il faut beaucoup d’investissement, de réflexion et d’attentions pour faire un travail de qualité à la fois respectueux de la terre, du paysan et des animaux. Merci également à toute la Ferme de la Coccinelle pour l’organisation de cette magnifique journée !

Hélène Salvador