La semaine dernière, la Ferme des Carrières nous a annoncé qu’elle ne serait pas en mesure de nous livrer du fromage dans les prochaines semaines suite à la sécheresse de cet été. Après la chèvrerie des Embetschés qui ne peut pas nous fournir de bûche de chèvre ni de faisselle avant novembre (car les chèvres, en période de mise à bas, on besoin de leur lait pour nourrir leurs petits), cette information nous rappelle deux choses.

D’abord, que la nourriture ne tombe pas du ciel. Dans un monde où nous travaillons avec des petits producteurs, nous sommes, comme eux, soumis aux aléas de la météo. Nous comprenons qu’un été sec amène une pénurie d’herbe, à la suite de laquelle les animaux produisent moins de lait, ce qui aboutit à une moindre production de fromage. De la même façon, en période de mise à bas, nous réalisons que le lait, qui permet la réalisation de si délicieux fromages, remplit d’abord un rôle autrement plus important : celui de nourrir des bébés animaux. Notre plaisir vient seulement après.

Ensuite, que la nourriture est précieuse. S’en souvenir et ne pas consommer à tort et à travers, c’est aussi nous reconnecter à la nature, au temps qu’il fait, à la vie. On peut choisir d’acheter une brique de chèvre en supermarché, qui sera toujours là et aura toujours le même goût, sécheresse ou pas sécheresse, mise à bas ou pas mise à bas. Ou on peut choisir de manger un fromage produit dans le respect des animaux et des producteurs. Un fromage que nous retrouverons avec un plaisir immense en novembre, parce que nous saurons ce qu’il vaut, et nous saurons qu’il a été produit en symbiose avec le monde qui nous entoure.